Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 58 - Avril 2017

2012-2017 : où est

passée l’autogestion ?


Il y a cinq ans, lors de la campagne présidentielle de 2012, sans être au cœur de tout, l’autogestion était invitée dans les débats, sous la forme des reprises d’entreprises et des coopératives comme alternatives aux fermetures et aux licenciements. François Bayrou visitait une Scop issue d’une reprise d’entreprise par les salariés. François Hollande exprimait sa proposition de loi Florange qui obligeait toute entreprise qui souhaite fermer une unité de production à chercher un repreneur et à la céder en cas d'offre. En complément, il proposait de donner aux salariés un droit de priorité à égalité d’offre pour reprendre leur entreprise. Jean-Luc Mélenchon soutenait totalement le projet exprimé par l'AP2E de droit de préemption des salariés de leur entreprise en cas de cession. Eva Joly, enfin, approuvait sans réserve les propositions de la CG Scop et la priorité à donner aux salariés en cas de reprise d’entreprise. Même Roselyne Bachelot avait affirmé sa volonté de soutenir la reprise d’entreprises par les salariés...

Les luttes en France, comme en Grèce, portaient l’actualité des reprises comme enjeu du débat politique. Au meeting de soutien aux Fralib du 24 février 2012 à la Bourse du travail de Paris, tous les candidats de gauche sans exception étaient venus apporter leur soutien.

2017… Certes, en lisant bien, il demeure des éléments dans les programmes mais c’est bien autre chose qui est mis en avant par la presse, comme par les candidats : les « affaires », la corruption, la lutte des places et les reconversions... Questions de retournements de vestes sur mesure au propre (si l’on peut dire) comme dans le symbole.

Dans une certaine mesure, ce silence est paradoxalement le signe d’avancées, d’une sorte de « banalisation » de la reprise par les salariés comme une solution ne faisant ni « scandale » ni « subversion ». Ces cinq dernières années, de nombreux reportages dans ces entreprises ont été diffusées à des heures de grande écoute. Plus personne (ou presque) n’ignore le mot Scop. Est-ce à dire que la question est réglée ? Non, mille fois non.

D’abord, parce que les mesures adoptées par le gouvernement depuis 2012 ont été en retrait par rapport aux engagements, et qu’en ne remettant pas en cause le sacro-saint droit de propriété les tribunaux, en application du droit, ont dressé beaucoup d’obstacles. La réforme des tribunaux de commerce, voilà qui devrait être martelé au cours de cette campagne, tant les patrons qui les composent sont juges et partie face aux salariés.

Ensuite parce qu’il ne suffira pas de plus de reprises d’entreprises pour avancer vers l’autogestion, ni de (re)nationalisations avec un simple transfert de propriété du privé vers l’état. Car si nous sommes favorables à des services publics efficaces, à la socialisation de l’économie, ceci ne peut donner des résultats qu’à la condition que le pouvoir soit donné – sous des formes à chaque fois adaptées – à ceux qui y travaillent, en lien avec ceux qui consomment et qui font usage des productions et des services.

La campagne présidentielle c’est votez pour un candidat (beaucoup de personnalisation), votez pour son programme (parfois), mais ce n’est pas « prenons notre votre vie en mains »... Certes chacun s’y adapte, et il peut difficilement en être autrement tant que cette institution monarcho-présidentielle perdure. Mais cette période où l'on s'intéresse plus à la politique est également une occasion – en interpellant les candidats, dans les réunions publiques, dans les débats – de mettre en avant les expériences les plus avancées de démocratie sociale et politique, de faire que les autogestions en pratique, les plus significatives et qui demeurent encore l’exception, deviennent un fait, une règle généralisée.

Colette Web

Sur le site, ces derniers jours...

pictureTravailler autrement gràce aux coopératives, une innovation sociale soutenue par la gauche et ignorée par la droite

Les coopératives de salariés étaient à l’honneur de la précédente campagne présidentielle. Elles incarnaient un rempart face à la rapacité des marchés financiers : partage plus équitable des bénéfices, gouvernance participative, écarts de salaires limités, meilleure résistance que les entreprises classiques… Cinq ans plus tard, les coopératives sont plus nombreuses et embauchent proportionnellement davantage que leurs homologues capitalistes. Continuer la lecture

pictureNotre questionnaire aux candidats – Réponse de Philippe Poutou

A partir d’une réunion publique qui s’est tenue le 28 février 2017, l’Association Autogestion s’était adressée aux candidats à l’élection présidentielle sur les thèmes suivants : Droit des salariés dans les entreprises, Faciliter les reprises des entreprises par les salariés en coopératives, Contre la précarité, Démocratie sociale, Les Tribunaux de commerce, Maîtrise des circuits de financement
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picturePetit précis d’histoire sociale de l’économie sociale (Jean-Philippe Milesy)

La répétition d’un mot dans une phrase est traditionnellement à proscrire dans toute rédaction. Dans un titre, cela procède d’une volonté délibérée et revendiquée, ce que fait ici Jean-Philippe Milesy avec la répétition de l’adjectif « social ». Il ne s’agit pas ici de réaliser une simple Histoire de l’économie sociale comme si celle-ci pouvait être neutre, mais de rappeler combien ce qui s’appelle aujourd’hui économie sociale ou plus souvent maintenant ESS (économie sociale et solidaire) procède du mouvement social, n’en déplaise à ceux qui souhaitent la banaliser ou la tiers-sectoriser à côté d’une « économie de marché » ou d’un secteur public étatisé. Continuer la lecture

pictureLa coopérative alimentaire de la Goutte d’Or

Rue Stephenson dans le 18e arrondissement de Paris au cœur du quartier populaire de la Goutte d’Or, nous vous invitons à pousser la porte d’une petite échoppe à la devanture sobre, aux étagères remplies d’un bric à brac de produits éclectiques, farines, confitures, miel, céréales, fruits et légumes biscornus, pàtisseries… Elle abrite la Coopaparis. La coopérative alimentaire de la Goutte d’Or est la première et la seule coopérative alimentaire autogérée de Paris. Un projet participatif pour une agriculture paysanne, savoureuse et sans intermédiaire.
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pictureVoyage en misarchie, Essai pour tout reconstruire (Emmanuel Dockès)

L’auteur a choisi une forme romanesque pour décrire une société « misarchiste ». Misarchiste ? « « Mis » vient du verbe grec « misein » qui signifie « détester », « haïr », comme dans « misogyne », qui hait les femmes ou « misanthrope », qui hait les êtres humains… et « archie » vient de « arkos », le chef. » Une société où on refuse les chefs, une société pas si imaginaire que cela tant, tout au long du récit, de nombreuses anecdotes nous montrent certaines proximités avec nombre de nos aspirations ou de tendances actuellement à l’œuvre. Continuer la lecture

pictureA Nantes, l’Atelier, un moteur pour l’autogestion

A Nantes, depuis 1981 l’Atelier, une association autogestionnaire permet à chacun de venir réparer sa voiture et se réapproprier collectivement les connaissances qui font le pouvoir du spécialiste. L’atelier, c’est un lieu de formation pas comme les autres qui refuse de se faire appeler garage. Avec une priorité : démystifier la mécanique et transmettre les savoirs et les savoir-faire… Continuer la lecture

pictureNext stop : Utopia

En 2011, la Grèce est déjà en crise. La famille Filipou, propriétaire de l’usine Vio Me à Thessalonique, l’abandonne, laissant les salariés au chômage avec des arriérés de salaires. Aujourd’hui, les travailleurs de Vio Me sont devenus un symbole de la lutte pour l’autogestion en Grèce et ailleurs. Continuer la lecture

pictureLancement de la revue « Autogestión para otra economía »

La parution d’une revue consacrée à l’autogestion en Argentine n’apparaît pas comme totalement fortuite. Depuis une quinzaine d’années, ce pays s’illustre par une floraison d’expériences autogestionnaires et notamment un processus important de récupération d’entreprises par les travailleur-euse-s (près de 400 ERT en activité fin 2016). Processus qui se caractérise également par l’engagement de nombreux universitaires aux cotés des travailleur-se-s et plus particulièrement dans le cadre du programme « Faculté ouverte ». Continuer la lecture

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