Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 60 - Juin 2017

L'État Macron


On nous annonçait un "tsunami" électoral en faveur de LREM : c'est une forte vague. L'abstention record – plus de la moitié des inscrits – prive d'ores et déjà de légitimité populaire le gouvernement, ce qui ne l'empêchera pas de proclamer le contraire. Avec l'appui d'à peine 16% des inscrits, le gouvernement entend maintenir sa ligne étatiste et autoritaire : volonté de centraliser le renseignement – une "task force" antiterroriste – sous le contrôle du président, tentatives de bâillonner la presse, coup d’État pour achever "l’État social".

Le dévoilement des « brouillons » du ministère du Travail par le Parisien et Libération confirme bien que la politique libérale prônée s’associe à un dirigisme étatique avec forts penchants autoritaires. Mais après tout, l’état-gendarme garant du marché libre sans entraves, c'est tout à fait cohérent. La loi Le Chapelier forgeant le délit de coalition, le « contrat de louage de services » du Code civil de Napoléon, les règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III mettant un état fort au service des financiers et des industriels, voilà à quoi ressemble la « modernité » macronale.

Macron et son gouvernement veulent procéder par ordonnances gouvernementales. Aussitôt élus, les députés n’auront qu’à confier les contre-réformes « sociales » aux ministres. Cela s’appelle un abandon de souveraineté de la représentation nationale ! Et le contenu annoncé atteste que tout sera fait en faveur des possédants. Le contrat de travail pourra prévoir les indemnités et modalités de licenciement, et l’accord individuel prévaudra sur la loi ou la convention collective. Nul doute qu’un chômeur de longue durée acceptera de signer n’importe quel contrat de travail même avec de telles clauses ! En revanche, un accord d’entreprise pourra modifier le contrat de travail des salariés sans leur accord individuel. Dans un cas comme dans un autre, c’est l’intérêt patronal qui primera ! De même, le regroupement des institutions représentatives du personnel pourra être décidé de manière unilatérale par le chef d’entreprise.

Tout cela au nom de la lutte pour l’emploi ? Mais que penser du refus du projet de reprise de l’entreprise MIM par la Scop constituée par les salariés ? Ils ont été reçus par le ministre de Macron, le ci-devant "républicain" Bruno Lemaire qui a confirmé que l’État ne soutiendra pas ce projet. N'était-ce pas déjà d'ailleurs la politique de Macron lorsqu'il était ministre de l'économie et qui, deux ans durant, avait refusé de recevoir les salariés d'Ecopla ? Cet État Macron préfère sans doute des salariés au chômage, soumis et flexibles, plutôt que des travailleurs debout et maîtres de leur entreprise et de leur destin.

Enfin, du dirigisme à l’autoritarisme, le pas est vite franchi. La ministre du Travail, entendant gérer son administration comme une entreprise – elle fut DRH de Danone – annonce qu’elle poursuivra devant les juridictions pénales les journaux qui ont publié les états de projets de réforme du code du travail. Le secret des affaires s'étend à l’État lorsqu'il s’agit d’élaborer les lois, décrets, ordonnances à l’abri des regards et sous le contrôle direct de la présidence...

Colette Web

L’Assemblée générale annuelle de l’Association Autogestion se tiendra :

samedi 24 juin à 9h30 à 16h

à la Scop école des métiers de l’information (EMI-CFD)
10 Rue des Prairies
75020 Paris (métro Porte de Bagnolet)

Sur le site, ces derniers jours...

pictureLibérer le travail ou libérer les travailleurs ?

Macron élu PDG de la société France a désigné son Premier ministre/directeur général et un conseil d’administration. Encore, dans un conseil de société anonyme le comité d’entreprise a le droit d’être présent mais là, aucun ministre dit de la « société civile » ne provient d’un syndicat de salariés. Rien que du DRH, du PDG, de l’auto-entrepreneur sans oublier les vieux routiers de la « politique », professionnels et carriéristes de la représentation, des mondes des affaires… Et dans la campagne législative, sans parler même d’autogestion, les coopératives, les droits de contrôle et d’expression des travailleurs salariés ou non ne sont pas au programme. Au programme il y a : « libérer le travail ». Continuer la lecture

pictureNestor Makhno, Paysan d’Ukraine (Hélène Chatelain, 1996)

« Prolétaires du monde entier, plongez en vous-mêmes, et cherchez-y la vérité, créez la ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs. » Nestor Makhno

Ce n’est sans doute pas un hasard si le film de la réalisatrice Hélène Chatelain a été tourné au tout début de la période de la Perestroïka. Il s’agit d’un portrait de Nestor Makhno, anarchiste à l’initiative des premières communes libertaires autogérées en Ukraine. Continuer la lecture

pictureTravailler autrement : les coopératives

Le travail en coopérative est aujourd’hui une possibilité concrète pour ceux et celles qui veulent travailler autrement. Cet ouvrage nous dit comment les coopératives de travail ont été créées, comment elles fonctionnent, comment en constituer une et comment elles permettent de substituer la coopération à la subordination.

Les coopératives de travail sont ces entreprises où chaque salarié participe à toutes les décisions. En perte de vitesse après 1945, elles ressurgissent en ces temps de fragilisation de l’emploi salarié traditionnel. Continuer la lecture

pictureLa classe ouvrière de Serbie dans la transition 1988-2013 (Goran Musić)

Cet ouvrage de la Fondation Rosa Luxemburg est essentiel pour comprendre les évolutions de la classe ouvrière de Serbie, pays d’Europe centrale ayant connu une trajectoire très particulière par rapport à ses voisins qui ont entamé la transition économique vers le capitalisme immédiatement après 1990. Particulière à deux titres : d’une part, la Serbie est un pays issu de l’ancienne Yougoslavie fédérale, d’autre part, cette dernière a été l’objet d’une expérimentation unique dans les pays du bloc « socialiste » : l’autogestion. Continuer la lecture

pictureAppel à participer à la VIe Rencontre internationale de « l’économie des travailleurs et des travailleuses » du 30 août au 2 septembre 2017

La VIe Rencontre internationale de « l’économie des travailleurs et des travailleuses » aura lieu en Argentine du 30 août au 2 septembre 2017. L’ouverture se déroulera à l’hôtel Bauen, récupéré par ses travailleur-se-s, dans la ville de Buenos Aires, et se poursuivra dans les locaux de la coopérative Pigüé, usine de textiles récupérée située dans l’intérieur de la province de Buenos Aires.
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pictureAutoconstruire son système énergétique

Dans la Vienne, l’association l’Atelier du soleil et du vent organise des formations pour apprendre à construire des systèmes basés sur les énergies renouvelables. Fours, éoliennes ou encore séchoirs solaires sont pour beaucoup de participants la première étape d’un processus d’auto-suffisance énergétique.
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pictureAnticiper la grève des investissements de la part des possédants

L’histoire nous a montré que les possédants sapaient souvent les progrès sociaux en pratiquant la « grève des investissements ». Comment l’affronter demain si d’aventure un gouvernement progressiste venait aux affaires ? Nous allons donc ici rappeler quelques fondamentaux du fonctionnement des entreprises privées.
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