Juin : L’État Macron

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On nous annonçait un « tsunami » électoral en faveur de LREM : c’est une forte vague. L’abstention record – plus de la moitié des inscrits – prive d’ores et déjà de légitimité populaire le gouvernement, ce qui ne l’empêchera pas de proclamer le contraire.  Avec l’appui d’à peine 16% des inscrits, le gouvernement entend maintenir sa ligne étatiste et autoritaire : volonté de centraliser le renseignement – une « task force » antiterroriste – sous le contrôle du président, tentatives de bâillonner la presse, coup d’État pour achever « l’État social ».

Le dévoilement des « brouillons » du ministère du Travail par le Parisien et Libération confirme bien que la politique libérale prônée s’associe à un dirigisme étatique avec forts penchants autoritaires. Mais après tout, l’État-gendarme garant du marché libre sans entraves, c’est tout à fait cohérent. La loi Le Chapelier forgeant le délit de coalition, le « contrat de louage de services » du Code civil de Napoléon, les règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III mettant un État fort au service des financiers et des industriels, voilà à quoi ressemble la « modernité » macronale.

Macron et son gouvernement veulent procéder par ordonnances gouvernementales. Aussitôt élus, les députés n’auront qu’à confier les contre-réformes « sociales » aux ministres. Cela s’appelle un abandon de souveraineté de la représentation nationale ! Et le contenu annoncé atteste que tout sera fait en faveur des possédants. Le contrat de travail pourra prévoir les indemnités et modalités de licenciement, et l’accord individuel prévaudra sur la loi ou la convention collective. Nul doute qu’un chômeur de longue durée acceptera de signer n’importe quel contrat de travail même avec de telles clauses ! En revanche, un accord d’entreprise pourra modifier le contrat de travail des salariés sans leur accord individuel. Dans un cas comme dans un autre, c’est l’intérêt patronal qui primera ! De même, le regroupement des institutions représentatives du personnel pourra être décidé de manière unilatérale par le chef d’entreprise.

Tout cela au nom de la lutte pour l’emploi ? Mais que penser du refus du projet de reprise de l’entreprise MIM par la Scop constituée par les salariés ? Ils ont été reçus par le ministre de Macron, le ci-devant « républicain » Bruno Lemaire qui a confirmé que l’État ne soutiendra pas ce projet. N’était-ce pas déjà d’ailleurs la politique de Macron lorsqu’il était ministre de l’économie et qui, deux ans durant, avait refusé de recevoir les salariés d’Ecopla ? Cet Etat Macron préfère sans doute des salariés au chômage, soumis et flexibles, plutôt que des travailleurs debout et maîtres de leur entreprise et de leur destin.

Enfin, du dirigisme à l’autoritarisme, le pas est vite franchi. La ministre du Travail, entendant gérer son administration comme une entreprise – elle fut DRH de Danone – annonce qu’elle poursuivra devant les juridictions pénales les journaux qui ont publié les états de projets de réforme du code du travail. Le secret des affaires s’étend à l’État lorsqu’il s’agit d’élaborer les lois, décrets, ordonnances à l’abri des regards et sous le contrôle direct de la présidence…

La lettre du mois de juin

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