Les 25 ans d’une entreprise autogérée, Ambiance bois

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Ambiancebois25ansLa météo (pluie pratiquement constante et souvent abondante) n’a guère découragé ceux qui souhaitaient participer aux festivités des 25 ans d’Ambiance bois, même si elle a sérieusement augmenté les difficultés d’organisation. Une ambiance constamment joyeuse et dynamique.

Des festivités réussies

Il y a eu un noyau permanent de 250 personnes et probablement autant qui sont passées un des trois jours de festivités. Il s’agissait essentiellement du réseau d’Ambiance bois au grand complet (salariés, actionnaires, amis et clients très proches), du réseau « alternatif » du plateau de Millevaches et du réseau Repas. Pour ce dernier, on peut constater que, au fil des ans, le « compagnonnage » draine un grand nombre de jeunes qui restent en contact et renouvellent les générations. Un peu de population « autochtone », pas d’officiels et d’organisations politiques.


Visites de l’entreprise, stands des diverses associations et structures du plateau de Millevaches, exposition rétrospective, conseils à des porteurs de projet, débats, concert rap et bal trad’ ont rythmé ces trois jours de festivités qui se sont achevées par un repas de 250 personnes particulièrement joyeux et mouvementé.

Des débats significatifs

Cinq débats ont été organisés :
– pratiques autogestionnaires,
– habitat sur le plateau,
– gestion de la forêt,
– relocalisation,
– programme local pour les dix ans à venir.

Au simple énoncé de ces thèmes, on voit la place considérable qu’a pris le local dans la vie d’Ambiance bois. La nature des approvisionnements d’Ambiance bois (la forêt du plateau), la question du logement (aiguë sur le plateau), celle des modes de consommation et celle des besoins locaux notamment en équipements et initiatives, sont devenues centrales dans les préoccupations d’Ambiance bois. Beaucoup de questions de développement local et durable donc. Mais il s’agit plus d’une extension des problématiques, les pratiques autogestionnaires pouvant être considérées comme un acquis. Les hiérarchies de l’argent et du pouvoir restent totalement absentes : les salaires sont égaux quelle que soit la nature du travail effectué ; le PDG (obligatoire juridiquement) est simplement tiré au sort chaque année et n’a absolument aucun rôle ; les décisions sont prises par l’assemblée hebdomadaire du personnel.

Toutefois, l’absence d’organisations politiques, l’énoncé de la liste des débats et le débat même sur les pratiques autogestionnaires ont pu laisser apparaître un certain éloignement de ce qu’on pourrait appeler les « luttes sociales ». Une seule personne (extérieure à Ambiance bois) les a évoquées à propos de la question de l’autogestion et des conflits. Elle a même prononcé le terme de « luttes des classes ». L’intervention est tombée complètement à plat et le débat est reparti sur la gestion des conflits au sein d’une entreprise autogérée.

Nous ne rendrons pas plus compte des débats qui furent longs et riches. Une longue pratique de ce genre de débats montre que tenter un compte rendu ou une synthèse n’a guère de sens. C’est le plus souvent les mêmes questions qui sont posées et les mêmes réponses, ou absences de réponses, qui sont apportées. Seule la participation à la discussion fait surgir à l’un ou l’autre un élément, un éclairage, une idée significatifs pour lui, alors même qu’ils passeront inaperçus pour d’autres.

Une belle exposition… partielle

L’exposition rétrospective était très bien faite, vivante et instructive. Elle rappelait les principales étapes de l’évolution d’Ambiance bois. Pourtant, les lecteurs de Scions travaillait autrement ont pu être un peu surpris de constater l’absence dans l’exposition de la moitié du contenu du livre : celui d’un groupe de vie qui ne voulait pas séparer vie privée et vie professionnelle. Projet qui est décrit dans le livre et qui a été effectif pendant une quinzaine d’années. Depuis, le projet de vie commune et le projet professionnel se sont totalement séparés, même si la plupart des membres du collectif de vie, qui existe toujours, travaillent toujours dans l’entreprise. Mais pourquoi reconstruire l’histoire et ne laisser apparaître que ce qui a été continu dans le projet, c’est-à-dire l’aspect professionnel, au détriment d’un aspect essentiel du projet initial. Ce n’était certes pas les 25 ans du collectif CRISE (d’autant qu’il a plus de 30 ans), mais il était curieux qu’il soit gommé de la photo.

Des réussites toujours renouvelées

Rien n’oblige à ce « lissage », la réussite d’Ambiance bois restant exemplaire. 25 ans d’existence, la construction d’un outil industriel, 25 emplois créés, une gestion rigoureuse avec des résultats équilibrés ou bénéficiaires, une innovation technologique et une amélioration des conditions de travail constantes.

La dernière réussite d’Ambiance bois, et de sa pratique autogestionnaire, est la traversée de la crise. En effet, Ambiance bois a subi de plein fouet la crise de 2007-2008. Dans toute autre entreprise traditionnelle, on aurait assisté à un plan de licenciement de 20 ou 25 % du personnel. Cette solution aurait été d’autant plus absurde que la crise économique mondiale n’était pas la cause essentielle des difficultés naissantes. L’analyse menée par le personnel a surtout montré qu’Ambiance bois était depuis quelques années concurrencée sur tous ses produits, jusque là produits de « niche », par la grande distribution. En revanche, AB avait une petite activité (10% du CA) de chantiers de rénovation et de construction sur laquelle elle refusait des demandes pour rester sur son cœur de métier, la scierie. AB a alors développé ce secteur d’activité pour compenser la baisse continue des ventes de produits de la scierie. Ce développement a non seulement maintenu les emplois mais en a créés de nouveaux. Moyennant bien sûr un énorme travail de formation et de transfert de compétences.

Ajoutons qu’AB a investi dans l’acquisition d’une ligne de broyage qui permet l’utilisation complète de tous les déchets de la scierie et la fabrication de plaquettes alimentant des chaufferies de collectivités locales. Enfin, pour boucler la boucle, AB veille désormais à embaucher systématiquement des jeunes (les fondateurs ont désormais passé la cinquantaine). Pour préparer le cinquantenaire ?…

Le site d’Ambiance bois

« Ambiance Bois ou l’aventure d’un collectif autogéré »

Scions… Travaillait autrement

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