Georges Gurvitch, les droits sociaux et l’autogestion

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Georges Gurvitch (1894 Novorossisk – 12 décembre 1965 Paris) a vécu sa formation à la fois intellectuelle et militante dans le premier tiers du « siècle des guerres et des révolutions ». Etudiant en Russie où il se consacre à une formation juridique, il séjourne aussi en Allemagne comme de nombreux étudiants russes, où il rencontre la philosophie et la sociologie allemande. Militant dès 1911 au Parti social-démocrate letton, puis en 1915 au Parti socialiste-révolutionnaire, il est actif en 1917, dans un groupe d’étudiants contestataires qui défend une position en marge des mencheviks, des libertaires et des bolcheviks. La critique qu’il fera ultérieurement de l’URSS (une « dictature bureaucratique ») et ses travaux sociologiques confortant son orientation proudhonienne, l’amènent à penser l’autogestion, avec notamment la Déclaration des droits sociaux en 1944 dont nous publions des extraits.

Ses engagements politiques ne l’empêchent pas de passer son agrégation en 1918, année où il est nommé assistant à l’Université de Petrograd (qui deviendra Leningrad). En 1919, à 25 ans, il est professeur à l’Université de Tomsk . Inspiré par des idéaux proud’honiens, il quitte l’Union Soviétique dès 1920 pour Prague, où il enseignera à la Faculté de droit de 1921 à 1924. En 1925, Georges Gurvitch arrive en France et donne des cours libres à la Sorbonne. Se consacrant principalement au droit social, il participe en 1933 à la fondation de « l’Institut international de philosophie du droit et de sociologie Juridique », dont il est le secrétaire général. Déchu de la nationalité française par les lois antisémites de Vichy, il s’exile pendant la guerre, à New York où il participe à la fondation de l’École libre des Hautes Études à New York, dont il dirige l’Institut français de sociologie et anime le Journal of Légal and Political Sociology.

La publication de la Déclaration des droits sociaux à New York précède de peu son retour en France en 1945, date à laquelle il retrouve son enseignement de sociologie à Strasbourg. Il lance dès 1946, les Cahiers internationaux de sociologie.  En 1946, avec Henri Lévy-Bruhl et Gabriel Le Bras, Yvonne Halbwachs, Georges Gurvitch il fonde, le Centre d’études sociologiques (CES) dans le cadre du CNRS,

L’expérience militante et plus largement celle de la Révolution russe continue à avoir des effets sur sa pensée et ses travaux,  Il continue à s’engager, signant, en 1960, durant la guerre d’Algérie, la « déclaration sur le droit à l’insoumission la guerre d’Algérie » (dite « Manifeste des 121 »). Son appartement est la cible d’un attentat à la bombe. Il développe aussi un mode de militantisme dans l’expertise en vue de développer ce que l’on appelle alors « la démocratie industrielle », « conseils de gestion », les ouvriers devant « diriger la marche générale des entreprises et des industries ». Se plongeant dans la société, il en remonte en démontrant que celle-ci est un ensemble pluriel, d’une complexité unique qui  « pour être en harmonie avec ses forces du dedans passe par un réaménagement de l’ancien pacte sociopolitique du début des Temps modernes » (Fridolin Saint-Louis)  avec l’autogestion, la décentralisation, comme réponses à l’autonomie de ses diverses composantes aux rapports variés.

Il n’était donc pas étonnant qu’un an après son décès, le premier numéro de la revue Autogestion présente « la théorie sociologique de l’autogestion » de Georges Gurvitch sous la plume de Jean Duvignaud, ainsi que des extraits de l’œuvre dont nos lecteurs peuvent prendre connaissance de passages sur notre site.

Pour la biographie et la bibliographie de Georges Gurvitch, voir dans le « Maitron » (Dictionnaire biographique du mouvement social), la notice d’Isabelle Gouarné.

Voir aussi le livre de Fridolin Saint-Louis, préfacé par Francis Farrugia, Georges Gurvitch et la société autogestionnaire, Paris, l’Harmattan, Coll. Logiques sociales, 2006, 280 p.

 

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